44- De los Estoraques à l'Aguarija...
La suite de l'épisode le voici: le prochain point de chute étant à 680 km il nous fallait faire deux grosses journées de route (si tout va bien, que ça roule et qu'on traverse pas trente six pueblos au km....le combo des 3 étant quasi exceptionnels, on va compter trois grosses journées!).
Au final on a mis deux jours mais 18 heures de pur roulage, on the road forever, sur la route que l'on a emprunté, qui a bifurqué dix fois, avec laquelle on a du combattre les branches, les câbles, les trous sur la route, les motos, les touk-touk, les animaux (on a croisé un iguane suicidaire, des vaches nonchalantes, des chevaux qui n'aiment pas le ronronnement de Pimouss,des rapaces téméraires....et j'en passe!), la curiosité des policiers et des militaires, les poids-lourd qui stationnent sur la voie pour s'acheter un coca et pour après te redoubler en faisant la course...... la route est en soi une aventure palpitante!!!
Au final on a passé une nuit dans un petit pueblo super accueillant, on a stationné entre des maisons et le lendemain on a eu la chance d'assister à un spectacle peu commun, un perroquet qui s'est mis à taper la tchatche à 6 heures du mat avec un accent colombien surprenant qui roulait les "R" en chantonnant et en appelant sa "mami", ensuite il nous a interprété un chant tout aussi surprenant....on était tous les 3 persuadés que c'était des enfants qui jouaient et criaient!
Reprise de la route avec 35 degrés à 8 heures du matin, outch ça va être chaud, on sort les ventilateurs dans la cabine. Ici se trouve à quelques km la frontière avec le Venezuela, paradis du combustible pas cher, ou plutôt cadeau...la ville du passo est donc devenue le paradis de la contre-bande!!!!
On est arrivés sur la route qui mène à la pointe la plus au nord de la Colombie et en même temps du continent sud-américain, une route droite, très droite qui nous a mené sur une zone désertique, parsemée de buissons et de cactus, s'étendant sur des km et des km et abritant des communautés indigènes. La première impression fut celle d'arriver pour la première fois en Afrique noire, des étendues immenses, des mobylettes portant mollement mais dignement ses 4/5 occupants, des femmes aux visages et aux coiffes magnifiques vêtues de leur boubou, le visage peint de noir, comme un masque d'ébène.....
On a pris une piste qui nous a mené tout droit à la mer des Caraïbes avec un petit vent frais,quel bonheur!!!!!!!!!
Et on est finalement arrivés à Cabo de la Vela, sa petite crique, son désert, ses squats désertiques....pour passer nos trois dernières semaines, les Caraïbes c'est un super bon choix je crois!!!! On a acheté notre poisson frais du soir à un indigène à vélo, et en contemplant la mer et sa beauté fatale nous avons remarquer un "gros, très gros truc" qui sortait la tête de l'eau....Ben s'est rapproché, nous l'avons rejoint et nous sommes tombés sur des tortues super géantes, du genre 1m20 de long 70 cm de large et un bon 150 kg, notre euphorie est de suite retombée quand nous nous sommes rendus compte qu'elles étaient attachées (elles étaient trois) à 6 mètres de la plage....les plus grandes voyageuses au monde ligotées et emprisonnées.
On a pensé à les libérer mais on s'est dit que libérer la garde-manger des indigènes n'était peut être pas la meilleure idée que l'on ait eu. Les tortues sont protégées en Colombie, il y a une loi qui interdit formellement leur chasse mais les indigènes qui vivent en plein milieu du désert, au milieu des cactus gigantesques, des arbustes épineux (qui t'empalent), où l'eau est aussi rare que les diamants, et qui ont faim et soif chaque jour, ignorent tout de cette loi, ils tentent déjà avec peine et labeur de satisfaire leurs besoins vitaux alors la préservation des tortues........ils en sont bien loin.
Du coup on est allé dans l'eau avec elles, on les a caressé, et on est reparti le cœur serré et avec un bon sentiment d'impuissance. La Guarira est la terre des indigènes, les petites pistes qui mènent à leurs communautés parsèment ce désert impressionnant. Ici les gens n'ont rien, vraiment rien, après la Bolivie où l'on croyait avoir vu la misère profonde et bien ce n'était rien à côté des rencontres que nous avons faite ici. Une ultime leçon de vie avant notre retour dans notre société de pure consommation!!!
La vie a taillé sur leur visages magnifiques des sillons profonds, ceux laissés par le labeur et la course constante après l'eau et la nourriture. Ils sont malgré tout remplis de joie de vivre, ils dansent et rient à longueur de journée, les enfants montent sur le camion en hurlant d’hystérie, ils barrent le passage aux voitures pour le carnaval en dansant au rythme latino, et en les menaçant avec un seau d'eau et de la farine s'ils ne contribuent pas à la fête. Ces moments aussi durs et désarmant que délicieux resteront à tout jamais gravés dans nos trois petites têtes d'occidentaux.
Allez c'est reparti, on a décidé de prendre la piste "off-road" qui suit la côte, on voulait de l'aventure on en a eu!!!!! Pour commencer il faut suivre les traces, toujours suivre les traces, pour deux raisons: la première pour ne pas se perdre, bien que.....la seconde pour ne pas se planter jusqu'au châssis (et ça on connait bien!!) car certaines zones sont des lacs asséchés donc....ALERTE ROUGE terrain mou!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Bon sur ça on s'en est bien sorti, enfin du moins pour l'instant, mais sur la taille des arbres et des arbustes à épines qui ne voient jamais passer un poids-lourd dans leur longue existence.....et bien on y a laissé la fenêtre panoramique du salon qui n'a pas du tout apprécié notre session "élagage". Tout ça en fin d'après midi avec un soleil de plomb après avoir cherché un lugar en bord de mer avec le buracho (mec complètement bourré!) qui essaie de monter de force dans la cabine parce qu'il veut faire le guide et qui t'offre ses services pour un prix très intéressant (enfin selon lui quoi).
On a donc littéralement explosé la fenêtre du salon, pour finalement faire la route inverse avec les arbres qui rentrent dans ta maison avec une agressivité bien aiguisée......et moi qui me fait empaler par les épines en essayant de faire sortir les branches avec 45 degrés à l'ombre, j'ai fini par ressembler à un attrape mouche collant géant!!!!!! Génial!!!! Enfin tout est bien qui finit bien, on a juste à trouver une pièce de plastic pour retrouver notre fenêtre!!!!! On verra ça demain matin à la prochaine ville....sachant que toute la côte est en mode CARNAVAL et que le souci premier du moment est de trouver de la farine et de l'eau!!!!!
Ça va pas être simple cette histoire mais ce n'est qu'une aventure de plus après tout!!!! Je vous raconte tout ça au prochain numéro...